September 23, 2010

Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer? (Jacques W. Benoit,1989)


Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer? basé sur une œuvre de l’auteur d’origine haïtienne, Dany Laferrière, raconte l’histoire de Vieux, un futur écrivain et Bouba, un sage féru du Coran et leurs relations amoureuses avec des femmes blanches. C’est un regard unique dans le cinéma québécois, celui d’un noir sur les blancs du Québec.

Contrairement aux portraits usuels des Noirs au cinéma et à la télévision québécoise, Vieux et Bouba sont des personnages intelligents et éduqués. Vieux, écrivain, prépare son premier roman, une réflexion sur ses fantasmes sexuels. Bouba, doté d’une grande sagesse, tente d’encrer son ami rêveur dans la réalité.

Vieux : Tu es un nègre cartésien.
Bouba : Non, ça, c’est toi, le cartésien. Moi, je suis freudien. Un foutu nègre freudien.

Les deux dégagent une appréciation admirable de la vie, une incroyable joie de vivre. L’un vit de façon mondaine, l’autre de façon spirituelle. Vieux exhibe en permanence cette joie, draguant toutes les blanches qui lui plaisent, assistant au festival de Jazz de Montréal, jouissant de la vie. Bouba le fait plus spirituellement, se consacrant à sa religion et y puisant la joie et la satisfaction. Les deux sont aux antipodes l’un de l’autre, mais similaire en plusieurs autres points. Leur représentation est structurée et complexe, une rareté dans le cinéma québécois beaucoup plus caricatural et stéréotypé.

La représentation des autres personnages, cependant, paraît lésée comparativement. Les blancs du film sont de véritables laissés-pour-compte de la narration. François, le colocataire des deux Africains, timide et gauche, ne peut que les admirer durant tout le film.

François : C’est ce que j’aime avec vous autres. C’est jamais terre à terre.

Dans une scène, il leur révèle qu’il aime le fait que les noirs soient toujours souriants, généralisant, par ignorance ou naïveté. Les « pushers » aussi brillent par leur ridicule et leur bêtise, trait sûrement voulu, mais cliché et peu réaliste. Les femmes blanches y sont dépeintes comme des nymphomanes en chaleur, obsédées par la satisfaction sexuelle. Le contraste entre la représentation des Blancs et des Noirs confère au film un caractère faux, frôlant le kitch.

Cependant, certaines situations, quoique clichées, démontrent une certaine réalité québécoise. Lorsque, par exemple, l’un des « pushers », joué par Roy Dupuis, déclare à Vieux « Icitt, c’est chez nous. », il ne parle pas seulement du quartier, mais aussi du Québec. Desmond est le portrait du raciste stéréotypé. Rencontrant Vieux pour la première fois, il profère de plates injures à son égard.
 

Desmond : Vous écrivez en Swahili ou en Wala?

Les deux sont confrontés à cette mentalité durant tout le film. À l’intérieur du bureau de poste, Vieux se voit face à une féministe, prenant offense de ses avances envers une autre femme. Après avoir empêché le suicide de Miss Suicide sous leurs toits, ils sont questionnés par des policiers, peu réceptifs et d’un ton dur.

Ce racisme, Vieux et Bouba le vivent avec humour. Ils acceptent pleinement ce rôle d’objet sexuel qui leur est attribué par les femmes blanches. Ils jouent aussi autour des stéréotypes à leur égard avec intelligence et esprit :

Bouba : Elle voit un nègre en train de lire. C’est le triomphe de la civilisation judéo-chrétienne, mon vieux.
Vieux : C’est vrai. L’orient a pillé l’Afrique et ce nègre est en train de lire.

Ils court-circuitent du même fait ces déclarations en les ridiculisant et nous en voyons la folie à travers leur regard sur la situation.