September 23, 2010

Sylvie Groulx: cinéaste, femme, québécoise


Je procèderai ici à un exercice d’observation et d’étude du regard féminin de la réalisatrice québécoise, Sylvie Groulx. Mon observation se limitera aux films Qui va chercher Giselle à 3 h 45?, Le grand remue-ménage, et J’aime, j’aime pas.

La superfemme
La superfemme est un concept qui imbibe l’œuvre de Sylvie Groulx. Dans J’aime, j’aime pas, Winnie élève son petit, Max, toute seule. Elle paye ses dépenses grâce à l’argent du bien-être tout en arrondissant ses fins de mois en posant nue pour des classes d’art. Elle est déjà totalement indépendante et en maîtrise de sa vie lorsqu’elle rencontre Thomas. Même lorsque Bruno refera surface dans sa vie, elle aura la force de ne pas choisir entre ses deux amants et de quitter la situation vers de nouveaux horizons.
Dans Qui va chercher Giselle à 3 h 45?, les mères interviewées pour le documentaire prennent vraisemblablement un aspect mythique. Ce n’est plus une mère qui, confrontée aux adversités de la vie, mais LA mère, cette dense figure qui habite un grand nombre des images cinématographiques québécoises.

Le voyeurisme 

Un élément important du regard de la réalisatrice dans ces films est l’absence de honte dans la représentation de la nudité à l’écran. Dans J’aime, J’aime pas, Sylvie Groulx place Winnie, nue, devant la caméra alors que le personnage travaille comme modèle pour une classe d’art. L’exposition de la nudité de Winnie est très crue et nullement romanisée. Plus loin dans le film, Jacqueline, la voisine de Winnie, tente de nourrir Max au sein et la scène est traitée de la même façon.
Dans Qui va chercher Giselle à 3 h 45?, elle expose la sœur de Giselle dans la baignoire, puis un peu plus tard dans sa chambre.

La famille contemporaine
Le discours entier de Sylvie Groulx dans ces deux films peut aussi être considéré comme une réflexion sur la famille contemporaine. Dans Qui va chercher Giselle à 3 h 45?, elle étudie l’impact du mouvement de libération des femmes sur leur désir de procréer et les nouvelles familles que cela engendre. Parfois, elle place en opposition l’idée de la mère dévouée avec celle de la femme libérée en plaçant sur une table deux femmes représentant chacune un point de vue.
J’aime, J’aime pas, de son côté, met en exposition les familles monoparentales, dont le nombre est en évolution croissante depuis l’éclatement des familles et le mouvement féministe. Winnie élève son petit fils seul et continuera de l’élever de tel, même après la conclusion du film.

Le rôle des hommes
Sylvie Groulx critique aussi la position des hommes dans ces films. Bien que souvent présent dans le discours et dans le texte, leur présence à l’écran pourrait être considérée comme minime. Le meilleur exemple de cette dichotomie (absence-présence) se retrouve dans J’aime, j’aime pas où Bruno, l’ancien amant de Winnie, quoiqu’absent de l’écran, est très présent dans les discussions des personnages.

Dans Qui va chercher Giselle à 3 h 45?, beaucoup des intervenantes ne concèdent qu’un rôle de soutien aux hommes. Une s’exclame que les hommes ne veulent pas plus d’enfants qu’il faut. Sylvie Groux capture un ensemble de déclarations très féministes qui mettent à mal l’importance de l’homme dans la cellule familiale. Les hommes s’éclipsent pour laisser place à ce discours féministe et n’apparaissent que périodiquement en appuyant, par leur incapacité à adopter le rôle de mère, ledit discours. Dans un autre documentaire, Le grand remue-ménage, La réalisatrice mettra en situation deux hommes de générations différentes au machisme prononcé et exhibant une attitude dénigrante envers les femmes.

Il devient évident au visionnement de ces deux films de l’influence de la partie féminine et de celle féministe de la réalisatrice. Elle s’attarde sur le rôle de mère, un rôle exclusivement réservé aux femmes et y jette un regard distinct. Elle tente aussi de déterminer la condition de la famille dans le sillage de la libération des femmes. Enfin, elle s’interroge sur le rôle de l’homme dans cette nouvelle famille. Il est surtout intéressant de constater son regard sur les hommes comme ceux qu’elle met en scène dans Le grand remue-ménage. La force de son discours ne met nullement en doute l’importance de Sylvie Groulx dans le cinéma féminin québécois.